A propos

En 2004, je demandais à ma collègue d’arts appliqués qui peint de délicieuses aquarelles :

Dis, Blandine, j’ai écrit quelques contes pour enfants. Est-ce que cela te plairait de les illustrer ?

Si tu veux… C’est un projet amusant!

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1° tranche : Du rififi chez le hamster

 On dit que les chats ont neuf vies :
Ce serait trop long à raconter !
J'ai donc choisi neuf tranches de vie,
De celles que j'ai vues
De mes yeux vues,
De mes yeux de chat,
Insolemment chafouin...

 

tagada-1Je suis le chat Tagada et je regarde grandir Zoé.

Quand elle était bébé, elle dormait, elle souriait. Tout était calme dans la maison. De temps à autre quelques cris mais sans gravité : je pouvais faire de longues siestes, sans être dérangé.

Puis... Elle a grandi.

A un an elle tirait sur tout ce qui bouge. Elle tirait sur les rideaux : un peu. Elle tirait sur les jupes de sa mère : beaucoup. Elle tirait sur ma queue : excessivement. J'ai dû adopter une stratégie pour éviter de perdre trop de poils et j'ai commencé à visiter le dessous des meubles, des lits... Là, j'ai joué avec des moutons : des petits, des gros, des gris et des frisés. A croire qu'on ne fait jamais le ménage dans cette maison. J'ai souvent visité la cave aussi, histoire de courir la souris et d'avoir la paix. Il m'arrive parfois d'y rencontrer quelques surprises.... Un matin j'ai embourbé mes pattes dans quelque chose de gluant qui ressemblait étrangement à de la marmelade d'orange. J'ai vite regagné le premier étage pour une toilette en régle. J'en ai profité pour mordiller mes griffes et les aiguiser : on ne sait jamais. Quand le petit monstre est dans les parages, je l'égratigne légérement... Elle s'éloigne en hurlant ! Une vraie mijaurée !

A deux ans, elle m'a vraiment pris en main. Mille et une caresses... Sur le dos, le ventre, le coussinet des pattes. Pas désagréable ma foi. On est devenu copains.

A quatre ans, on était de vrais larrons en foire, elle, la télé et moi. Pelotonné sur ses genoux des heures entières, j'ai été submergé par des tourbillons d'images. Quelle horreur cette télé ! Nauséabonde. Des cris, du bruit, des couleurs dans tous les sens... Les yeux exorbités comme des balles de ping-pong, les tympans explosés, j'ai quand même résisté grâce à ses tendres caresses et ses mots doux.

Et puis, elle a fait connaissance de sa voisine qui est devenue sa copine. Elle s'appelle Lucie, moi je l'appelle Lucifer. Un vrai diable. Depuis, elles jouent toutes les deux et je m'amuse à les observer. Aujourd'hui, elles ont sorti Grignote, le Hamster, pour lui faire prendre l'air dans le jardin ensoleillé. En voilà un nom pour un Hamster ! C'est vrai qu'il grignote tout ce qu'il trouve aussi bien la nourriture que sa litière mais quand même ! Il est tellement gourmand qu'il s'en fabrique de grosses boules dans sa petite gueule. Qu'est ce que je disais ? Ah oui, le nom de Grignote ? Une drôle d'idée ! Remarquez, moi je m'appelle bien Tagada à cause des fraises en sucre que tout le monde aime, surtout les enfants. Mais revenons au jardin : au début, elles ont commencé à le laisser gambader librement. Il était fou de joie, Grignote. Et que je te saute, et que je te roule dans l'herbe : un vrai gamin. Je sentais bien, même de loin, qu'il était heureux mais ça n'a pas traîné... Elles l'ont posé sur la balançoire et une deux, une deux, j'ai vu mon pauvre Grignote s'envoler et s'agripper à la planche de salut comme moi à mon os quand j'en ai. Et ce qui devait arriver, arriva : il chuta. Une grosse chute bien lourde, devant les filles qui le regardaient en se gondolant comme deux folles. Bon, c'est pas que j'aime particulièrement les hamsters sauf quand ils sont ronds en bouche et bien tendres mais là, vu de loin, c'était pas supportable : assommé qu'il était, tout flasque par terre. Du coup, elles ont arrêté de rigoler et elles ont commencé sérieusement à se pencher sur la question. Question de ça, elles l'ont cru mort. Toujours de loin, j'entends Lucifer dire à Zoé :

- Tu crois qu'il faut lui faire du bouche à bouche ?

Faut imaginer les grosses babines de Lucifer sur le petit museau de Grignote : nauséabond. Pauvre bête ! Déjà étendu comme une carpette par le vol plané, inutile d'en rajouter avec une haleine de requin : quand elle s'approche de moi, j'en suis tout raide. Je ne sais pas ce qu'elle mange mais c'est guère raffiné chez elle. Bref ! La voilà qui se penche sur Grignote pour un bouche à bouche professionnel. Réveillé par son sixième sens, le hamster se remet sur ses pattes et en profite pour mettre les voiles en vitesse. Je ris tout seul dans mes moustaches. A mon tour de me gondoler !

- Tagada, Tagada, viens nous aider à trouver Grignote, il s'est sauvé !

Non mais des fois, je veux bien être gentil, mais demander à un chat de chercher une souris, faut pas pousser. Surtout pour la ramener en bonne et due forme. Sont-elles inconscientes, ces gamines ? Et si je le dévorais tout cru le Grignote. Je fais semblant de dormir, solidarité oblige. Il faut bien s'entraider entre animaux de bonne compagnie.

A six heures du soir, elles cherchent encore. Il n'est pas prêt de revenir le hamster ! Je les entends appeler :

- Grignote, Grignote, où es-tu ?

Elles ont beau y mettre les formes et même faire une inversion pour poser leur question, tu parles qu'il va répondre le Grignote ! D'ailleurs, mon seul flair me suffit : je le sens d'ici et je sais où il se cache. Bien trouvé mon gars ! Pas trop loin, pas trop prêt, juste dans un endroit auquel on ne pense pas : la petite maison aux oiseaux qui leur sert de refuge en hiver quand il fait trop froid et dans laquelle on dépose des petites graines pour les voir voleter alentour. Remarque je ne sais pas comment tu as réussi à te hisser jusque là, mon pote, avec ton gros derrière de goinfre. C'est quand même agile un hamster, ça y'a pas à dire. Et les deux excitées qui passent et repassent devant sans même penser à regarder à l'intérieur. Décidément je regrette le temps où Zoé faisait jouer ses doigts dans mon pelage, rien que nous deux.

Le soir même, l'histoire était réglée. Les deux filles se sont lassées de chercher en vain, le hamster est descendu de son perchoir en catimini, et moi, gavé jusqu'aux dents par ma gamelle de croquettes je l'ai regardé passer. Il est rentré tout seul dans sa cage. Maintenant il galope comme un fou dans sa roue, les deux joues remplies jusqu'à plus soif de grignotages. Soulagé le Hamster d'être enfin à l'abri dans sa cage dorée ! Excusez le cliché, y'en aura d'autres.

En tout cas, ne comptez pas sur moi pour donner à cet épisode une morale tirée à quatre épingle mais quand même ça saute aux yeux qu'il vaut mieux être tout seul que mal accompagné et que parfois la liberté a un goût bien amer. Faut dire que la cruauté est monnaie courante dans notre pauvre monde. Nauséabond !

 

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