A propos

En 2004, je demandais à ma collègue d’arts appliqués qui peint de délicieuses aquarelles :

Dis, Blandine, j’ai écrit quelques contes pour enfants. Est-ce que cela te plairait de les illustrer ?

Si tu veux… C’est un projet amusant!

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8° tranche : Pour une petite dent !!!

Pour une petite dent !!! Sniff…Sniff…Sniff…Sniff…

Ca y est, c'est parti : Zoé pleure. Et quand elle s'y met, c'est les grandes eaux. Je sens que je vais bientôt avoir de la visite. La voilà, elle arrive :

- Mon petit Tagada, que je suis malheureuse. Regarde ma dent devant, elle hoche, elle est moche et elle me fait mal. Je voudrais bien qu'elle tombe mais elle s'accroche comme une folle. J'en ai marre, marre, marre !!!

Elle ouvre tout grand la bouche, pour que j'observe l'ennemie à abattre. En effet, sur la gencive supérieure, une dent se trémousse et ne tient qu'à un fil, mais résiste. De voir sa bouche ouverte comme un four, ça me fait bâiller : j'en profite pour lui montrer mes dents, mes beaux crocs pointus, plantés dans la mâchoire comme des rocs solides.

- T'as de la chance d'avoir des dents qui tiennent aussi bien. Les chats n'ont pas les dents qui tombent, eux.

Il ne manquerait plus que ça !!! En attendant, elle pose sa tête sur mon ventre, comme d'habitude quand elle est triste et…. J'ai le ventre tout mouillé par ses larmes. Heureusement, c'est chaud, alors je supporte !

- Maman, tu n'as pas une solution pour qu'elle tombe ma dent ? Je ne veux pas aller à l'école dans cet état. Tout le monde va se moquer de moi.

- J'ai une idée, une bonne recette d'autrefois pour se débarrasser des dents gênantes. Il suffit de nouer un fil à la base de la dent, serrer très fort et tirer un coup sec. La dent vient toute seule.

- Mais t'es folle !! Je vais avoir mal comme tout. Tu parles d'une idée. Aujourd'hui c'est pas comme dans le temps : tu n'aurais pas quelque chose de plus moderne comme solution ?

- Non, pas pour l'instant mais je réfléchis…


Sniff…Sniff…Sniff…

C'est reparti pour un tour. La journée promet d'être longue et bien arrosée. En attendant, les doigts de Zoé me caressent le dos et c'est bon : j'ai envie de dormir. Impossible, car elle reprend de plus belle son concert de larmes salées : j'ai goûté, c'est pas mauvais !

- Zoé, viens au moins essayer, tu ne vas pas rester toute la journée à pleurer comme ça. Ou tu laisses ta dent tomber toute seule ou tu forces un peu la nature. Ca ne durera que quelques secondes…

- Bon d'accord… Mais ne me fais pas mal ou alors je crie.

- Un peu plus ou un peu moins ….


Zoé vient de quitter mon giron et se dirige vers la cuisine. Sa maman, se munit de l'ustensile magique : un petit fil de rien du tout. Elle s'approche de Zoé qui recule en criant.

- Si tu commences à crier avant que je te touche, ça promet pour la suite. Un peu de courage que diable !

Oh, oui alors, un peu de courage que diable ! Que vient faire le diable dans cette histoire ? On se le demande. Néanmoins l'effet est immédiat : Zoé s'approche avec bonne volonté et ouvre sa mâchoire comme si elle allait dévorer un tigre. Sa maman ne traîne pas pour ligoter la dent et nouer le fil bien serré.

- Voilà. La première étape est terminée. Tu vois que ça ne fait pas trop mal.

Erreur stratégique : il ne fallait pas s'arrêter en si beau chemin. Résultat, Zoé profite de cette interruption pour chigner à nouveau :

- Je vais avoir mal, je vais avoir mal !!!

- C'est presque fini ! Approche un peu. Et hop, je serre un peu le cou de cette petite dent et je tire dessus. Voilà, c'est fini, elle est partie mais tu as un beau trou maintenant.


Zoé prend un miroir et contemple le résultat des opérations :

- Tant pis pour le trou. Cette dent commençait à m'énerver ! Bon débarras !

- Et puis tu connais la suite : si tu mets ta dent sous l'oreiller, la petite souris viendra cette nuit t'apporter quelques pièces.

- Ah, oui ! Au moins, voilà une bonne nouvelle. Je n'aurai pas souffert pour rien.


Qui parle de souris ? Cette nuit, je sais où je dors. Il y a longtemps que je n'ai pas dégusté ce genre de bestiole à poils ras. A force de manger des croquettes et des restes, on se lasse. Je vais m'installer, illico presto, sur le lit de Zoé et en profiter pour me délasser : cette épreuve m'a fatigué.

Le soir venu, Zoé me rejoint car je n'ai pas bougé d'un poil. Elle dépose délicatement sa dent sous l'oreiller et me parle tendrement :

- Tu sais Tagada, j'ai bien souffert aujourd'hui, mais c'est fini. J'espère que la petite souris m'apportera beaucoup de pièces car c'est la fête au village, dimanche et je pourrai aller sur les manèges ou m'acheter de la guimauve : j'adore ça surtout celle à la fleur d'oranger. Maintenant on dort, je suis trop fatiguée, alors évite de bouger et de ronfler trop fort.

Ronfler ? Comme cette remarque est élégante ! Heureusement que j'attends la souris, sinon je serais déjà parti, ulcéré. J'attends, j'attends… Une heure, puis deux… Zoé dort profondément, complètement anéantie par son expérience dentaire. Enfin le petit bruit arrive : des pas feutrés qui montent l'escalier. Aiguisons nos griffes et nos crocs : le dessert ne va pas tarder à tomber dans ma petite gueule de gourmet. Une silhouette se dessine dans l'obscurité… Très élancée, la silhouette. C'est la maman de Zoé qui dépose délicatement sous l'oreiller le petit cadeau promis. Quelle déconvenue ! Je replonge dans le sommeil totalement déçu et le ventre en gargouille. Une " souris " que je ne suis pas prêt de digérer !


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