A propos

En 2004, je demandais à ma collègue d’arts appliqués qui peint de délicieuses aquarelles :

Dis, Blandine, j’ai écrit quelques contes pour enfants. Est-ce que cela te plairait de les illustrer ?

Si tu veux… C’est un projet amusant!

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6° tranche : Ca pique !!! Ca gratte !!!

6° tranche : Ca pique !! Ca gratte !! Que ça démange ! Que ça démange ! Je n'arrête pas de me gratter : un coup dans le cou, un coup derrière l'oreille, un coup tout partout où je peux sans me déclencher un lumbago. Je me tortille comme un ver et malgré mes griffes bien aiguisées, rien n'y fait. Je suis d'une humeur massacrante ! Depuis ce matin d'ailleurs, je suis ron-chon-chon. C'est l'anniversaire de Zoé : aujourd'hui, elle a huit ans. Quelle histoire !

Pour l'occasion, elle a invité tout le quartier ou presque et la maison se transforme en beau désordre. Mon repli stratégique, c'est à dire la cave, est inaccessible car elle a transformé le sous-sol en salle de dancing avec buffet. Depuis trois jours, elle harcèle sa mère qui l'aide avec une gentillesse désarmante. Trop gâtée cette gamine ! Qui songe à me souhaiter mes ans à moi, mes ans de vieux chat ? Personne. Donc, depuis trois jours, j'observe d'un œil mauvais le remue-ménage. Elles montent, elles descendent avec des draps plein les bras, des jeux plein les mains… Suivent des bouteilles avec des bulles, sans bulles, des gâteaux salés, sucrés, des bonbons fourrés, acidulés. Un vrai banquet ! Zoé ne s'occupe plus de moi. Je joue l'indifférent mais franchement, plus elle grandit, plus elle m'ignore sauf quand elle a ses accès de tristesse. Alors là, c'est : " viens mon petit Tagada, que je te raconte mon chagrin ". Elle pose sa tête sur mon ventre, elle me caresse en me racontant ses histoires plus farfelues les unes que les autres : quelle imagination parfois ! Sinon, elle est occupée avec ses copines, surtout Lucifer, et ses copains, surtout Julien. Il vient de plus en plus souvent à la maison celui-ci et depuis l'épisode de la chute spectaculaire avec Globe-trotter, depuis qu'il s'est permis quelques baisers aventureux, il fait partie des intimes. On n'entend que ces noms : Julien par ci, Lucifer par là mais Tagada, salut ! Bon, je vais fureter du côté du garage pour voir ce qui se trame. Je m'étire bien pour éviter le tour de rein et hop me voilà parti. Quand j'arrive sur les lieux, je ne reconnais plus rien : les murs sont drapés du sol au plafond : très feutrée comme ambiance. Zoé est en train de pulvériser les draps blancs de peinture pour ajouter des touches de couleur. On peut dire qu'elle a la fibre artistique mais il vaut mieux ne pas traîner dans les parages si je ne veux pas recevoir des éclaboussures et ressembler à une chaussette à pois. Je continue mon exploration : contre le mur du fond, de grandes tables sont dressées avec des montagnes de sucreries en tout genre. Beau gâchis et belles caries en perspective ! Dans un coin, les appareils à musique sont branchés, prêts à l'emploi. Je vais encore avoir du mal à m'amortir après le repas et ça ne me plaît pas du tout. Je remonte car tout m'exaspère.

Tiens, mais qu'est-ce que c'est que cette boîte dans la cuisine ? On dirait qu'elle bouge. Je rêve ou j'ai trop bu ? Pour satisfaire ma curiosité, je m'approche et je farfouille du museau pour ouvrir les rabats en carton. AÏE ! Nom d'un chat, je viens de recevoir un coup d'aiguille au beau milieu du naseau. AÏE ! Encore un et rien à voir avec la flèche de Cupidon. Il vaut mieux que je prenne du recul pour apprécier la situation. D'ailleurs, la boîte est béante maintenant et, à l'intérieur, une boule de piquants vadrouille dans tous les sens. Ca alors, c'est un hérisson ! Quelle horreur ! Qui a bien pu inviter cet énergumène à la maison ? Eloignons nous de la chose avant qu'on m'accuse de semer la pagaille : il faut savoir jouer l'innocent de temps en temps. En outre, j'entends des pas… Je file sur le canapé, je ferme les yeux mais… Je dresse l'oreille et je la tends en amateur indiscret de conversations. C'est la maman de Zoé qui arrive. Surprise, elle interpelle sa fille dans la cage d'escalier :

- Zoé, qu'est-ce c'est que cette boîte dans la cuisine ?

- Rien, c'est Julien qui m'a apporté mon cadeau d'anniversaire ce matin mais je ne dois pas l'ouvrir avant son arrivée.

- Monte tout de suite, ton cadeau est en train de se sauver.


Zoé arrive en courant :

- Ho ! C'est un bébé hérisson, qu'il est mignon ! C'est le plus beau cadeau que j'aie jamais eu. Qu'est-ce qu'il est gentil Julien !

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée : regarde il est rempli de puces. Mais regarde donc toutes les bestioles noires qui courent dans ses piquants.


Des puces ? Des puces ? Je comprends mieux pourquoi je me gratouille depuis des heures. Elles galopent vite les petites pestes, plus vite que le TGV. Et la première gare, c'est moi évidemment !

- Allez Zoé, il vaut mieux sortir le hérisson dans le jardin. Au moins, il sera dans son élément naturel parce que cette boîte c'est comme une prison pour lui.

Oh oui alors, qu'il sorte l'animal purulent avant que je m'énerve pour de bon !

- Mais qu'est-ce qu'il va dire Julien ? Il ne sera pas content.

- Tu lui répéteras ce que je viens de te dire. S'il aime les animaux, il comprendra. On ne peut pas garder toutes ces puces à la maison. Rien que d'en parler, ça me gratte !

- Moi aussi !


Et moi donc, j'en ai des cloques. Faut que je change d'endroit. Le lit de Zoé me semble bien choisi. Il faut savoir partager dans la vie : le meilleur comme le pire, les caresses comme les puces !



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